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18 novembre 2008En route vers Poznan - Jour 4-5: La réalité du charbon
par Sébastien, en direct de Könin
Au premier plan, un bassin de récupération des eaux usagées
de la centrale et sa pollution, au fond, la centrale de Könin.
© Greenpeace/Absolu
Après un week-end bien occupé, l’activité est un peu retombée ces deux derniers jours. Cela va me laisser la possibilité de vous présenter plus en détails l’impact de la mine de Könin et de ses travaux d’extension au niveau environnemental, et les retombées socio-économiques qu’elle suscite; la question posée par Paul suite à mon dernier article tombe donc à point nommé.
Pour ceux qui ont raté le début, je vous conseillerai juste un petit détour sur mon premier article ou je présentais l’impact de l’utilisation du charbon sur les sites alentours de la centrale. La suite maintenant. Attention: personne sensible, s’abstenir!
Comme vous le savez, la mine à charbon de Könin est actuellement en extension et une deuxième mine devrait être exploitée dans peu de temps, à 10 km d’ici. Au total, ce seront plus de 1100 ha de terrain qui seront détruits pour uniquement pour l’extraction du charbon. Ces écosystèmes encore actifs aujourd’hui accueillent au moins 12 espèces de plantes protégées et plus de 150 espèces d’oiseaux. Par ailleurs, si les travaux aboutissent, ce seront 12 villages qui risquent d’être détruits et quelques 400 agriculteurs qui pourraient perdre leurs terres. Ces chiffres n’incluent évidemment pas toutes les personnes qui vivront au voisinage de la mine et qui verront leur qualité de vie considérablement réduite.
L’extraction d’une mine de charbon nécessite également des quantités d’eau à faire pâlir la Méditerranée; en 60 ans d’existence ce sont déjà 4 milliards de m3 qui sont partis en fumée (!) à la mine de Könin, induisant la destruction de 12 000 ha de terres sensibles ou fertiles… Avec l’extension prévue, ce sont encore 1600 ha de forêts et 200 ha de zones protégées menacées d’assèchement, dont le lac Goplo, classé en zone Natura 2000. Celui-ci voit chaque été 2/3 des espèces d’oiseaux présentes en Pologne nicher sur ses rives dont le pygargue à queue blanche, le combattant varié ou autre butor étoilé, tous trois menacés d’extinction. A l’identique, le crapaud à ventre de feu et de multiples autres amphibiens subiront les mêmes retombées.
Un autre secteur déjà touché aujourd’hui et qui ne verra pas sa situation s’améliorer, le tourisme! 100 000 visiteurs annuels, pouvait arguer la station imprononçable de Przyjezierze. Son principal attrait, le lac d’Ostrowskie, aujourd’hui divisé en deux en raison de la baisse de 1,5m du niveau d’eau ces 8 dernières années. Résultat, une chute continue du nombre de touristes. Il est clair que les travaux d’extraction de la mine de Könin ont détérioré presque intégralement le réseau hydrologique de la région et les extensions en cours n’augurent rien de meilleur.
Je m’arrête là ou je rajoute encore qu’une étude récente chiffre à 8 280 000 zlotys (2 181 980 €) la destruction des forêts dans cette zone entre 1997 et 2006, qu’on redoute à chaque sécheresse une crise agricole, qu’on…? Non, je m’arrête là.
Après ce passage peu optimiste mais malheureusement très réaliste, je vais essayer d’enchaîner sur la question de Paul qui me demandait quelles étaient les retombées économiques sur la ville de Könin et l’opinion de la population par rapport à la mine. Je peux d’ores et déjà répondre que les informations sont difficiles à recueillir! Quelques collègues en charge de la communication à la station sont justement allés au centre-ville lundi pour essayer de faire un petit reportage à ce sujet. Les réactions des gens à leur approche était identique, toutes les excuses étaient bonnes pour fuir les questions (jamais le médecin n’a du avoir autant de consultations que cette après-midi!).
Après de nombreuses recherches, une personne a finalement accepté de répondre aux questions mais c’est vous dire les tabous qui circulent autour de cette mine. On peut donc imaginer que les gens se rendent compte de l’impact négatif sur la santé et sur l’environnement que peut représenter l’exploitation du charbon, mais l’entreprise «Kopalnia» qui exploite la mine emploie tellement de personnes ici qu’il est risqué d’en dire du mal… Concernant les retombées économiques, là encore il est difficile de se faire une idée. Pour avoir déjà visité en France les villes de Cattenom et de Fessenheim accueillant toutes deux une centrale nucléaire, je sais qu’on y observe clairement une certaine richesse à travers les infrastructures existantes, la qualité de la voirie et des résidences, mais le constat n’est clairement pas le même ici. Certes cette centrale à charbon apporte de l’emploi dans la ville mais c’est certainement un des rares points positifs à lui accorder. La petite histoire veut d’ailleurs qu’un entrepreneur est venu construire il y a quelques années trois éoliennes à 100m de la mine, mais une fois les travaux finis, il n’a jamais eu l’autorisation de les relier au réseau électrique… Kopalnia doit avoir le bras trop long! Aujourd’hui elles sont toujours là et décorent le paysage.
Pour finir sur une note de gaieté, suite à la mobilisation du week-end, la direction de la mine a décidé d’organiser une conférence vendredi sur le thème du charbon et de l’énergie, nous accueillant naturellement autour la table. Un point très positif quand on sait l’importance du dialogue dans ce genre de confrontation.
Publié par cgreisch le 18 novembre 2008
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Commentaires:
Bonjour
Depuis l’Inde, je lis attentivement les informations intéressantes que vous publiez Sébastien, et ce que vous racontez du mutisme de la population vis-à-vis de l’usine Kopalnia m’a fait penser à ce qui s’est passé autour de la fameuse et sinistre usine de la Carbide Union à Bhopal, en Inde, dont chacun sait la triste fin en décembre 1984. Les habitants des bidonvilles (slums) attenants à cette usine, bien que conscients des dangers, se sont longtemps satisfaits d’y trouver un revenu un peu plus correct que celui qu’aurait pu leur procurer l’économie informelle, et concrètement la Carbide Union a acheté le silence et la passivité de la population locale, en corrompant les syndicats, en organisant de grandes fêtes religieuses, ou même en mentant sur ses activités. Jusqu’à ce qu’une des cuves explose libérant son gaz mortel. Même si la dangerosité du site de Kopalnia ne semble pas la même, il est néanmoins important que vous soyez là avec d’autres ONG pour alerter, sensibiliser, et essayer de faire évoluer les mentalités. Je vous souhaite bien du courage ! Bravo à Greenpeace.
Au fait, avez-vous pu rencontrer le plombier polonais qui a fait l’affiche durant toute la dernière campagne présidentielle française ?
Cordialement
Adrien
Ecrit par adrien le 18 novembre 2008
Merci pour ces précisions, Sébastien. Je n'ai qu'un mot pour l'instant . ATTERANT.
La loi du silence est le pire ennemi de l'avenir. C'est vrai dans les systèmes mafieux, mais c'est tout aussi vrai dans les démocraties gangrènées par la corruption.
Bon, tout autre chose. La zone Natura 2000 de Könin me fait penser à la zone Natura 2000 de Differdange, pour laquelle le gouvernement vient d'autoriser qu'elle soit traversée par une ligne à haute tension, ... souterraine, donc suivant les autorités, ne nécessitant plus de procédure commodo-incommodo. De la Pologne au Luxembourg, on se demande pourquoi la législation européenne sencée protéger les zones les plus sensibles, n'est pas mieux respectée....
Ecrit par paul le 19 novembre 2008
Ces commentaires sont judicieux et bien à leur place. Effectivement, que ce soit en Inde, au Luxembourg ou ici, il est clair que ce n'est pas la raison qui prime dans les décisions mais des intérêts personnels et économiques. En tant que telle, la pollution environnementale et les dégâts sur les écosystèmes posent problèmes mais ce sont clairement les lobbys qui sont derrières et qui tirent les ficelles qu'il faut réussir à contrer pour qu'enfin l'écologie prenne une place primordiale sur la scène politique locale, nationale et internationale. Au gouvernement polonais de prendre enfin la décision de sortir du charbon pour laisser la place aux énergies renouvelables et aux gouvernements mondiaux réunis à Poznan de montrer qu'ils sont prêts à mettre de côté la pression des lobbys pour prendre des mesures concrètes et sérieuses sur la protection du climat de notre planète en général. Il faut y croire pour trouver la force de toujours avancer !
Ecrit par Sébastien le 19 novembre 2008