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14 avril 2007

L'Europe et moi

par Paul

Je n'ai pas résisté au déferlement médiatique autour du cinquantième anniversaire du Traité de Rome et donc de cet anniversaire de l'Europe. Que voulez-vous, je suis plus sensible aux sirènes des infos qu'à celles de la mode. J'ai donc décidé de vous parler d'Europe plutôt que de la dernière collection automne hiver de H&M (j'aime bien faire de la pub pour H&M parce qu'ils ont décidé de retirer les substances toxiques de leurs vêtements). J'avais plein d'idées confuses qui me trottaient dans la tête et je voulais profiter de ce blog pour les mettre en ordre. Et puis, sans être victime du syndrome de la page blanche, je me suis progressivement rendu compte que ce n'était pas si facile de parler de l'Europe ou plutôt de transmettre clairement mon sentiment précis d'Europe.

Je suis persuadé que ma difficulté à clarifier l’Europe provient du flou artistique qu’entretiennent les politiques, les journalistes et ceux qui devraient parler de l’Europe depuis très longtemps, si bien qu’en fin de compte, le flou s’est installé, l’idée est devenue évanescente, un je ne sais quoi d’a priori favorable, qui laisse malgré tout un certain arrière goût désagréable. Un peu comme une bouteille de Bordeaux 2003, on se dit tient en voilà une bonne idée pour accompagner les pâtes et puis une fois avalé, on a le sentiment de s’être fait avoir sur la marchandise.

Je me rappelle qu’à l’école primaire, pendant les années ’70, j’avais dû présenter un exposé sur un pays du Marché commun. Eh bien à cette époque, les dés n’étaient pas truqués, mon travail reposait sur les importations et exportations que ce pays entretenait avec ses partenaires de l’Europe des six. A cette époque, personne et même pas mon syndicaliste de père ne s’est insurgé contre ce sujet très libéral imposé à de tout jeunes enfants. C’est parce que chacun voulait croire dans la séparation entre marché et droits sociaux. Le marché et le grand capital avaient besoin de l’Europe pour se développer; les droits sociaux restaient une chasse gardée des partenaires au niveau national. Pourtant, n’allez pas croire qu’il n’existait pas de différences entre le sud de l’Italie et le nord de la Belgique, n’allez pas croire qu’immigration et crise économique n’étaitent pas à l’ordre du jour. Tout cela n’était pas fondamentalement différent d’aujourd’hui, mais les décisions politiques concernant l’Europe étaient simplement plus transparentes.

Plus tard en secondaire, même type d’exercice. Mais cette fois, il était question de culture, d’histoire commune et de je ne sais plus quoi encore. Le sentiment qu’il me reste de ce travail, c’est qu’au milieu d’un sursaut de guerre froide, en plein débat sur l’implantation de missiles de part et d’autre du rideau de fer, on avait besoin d’Europe, besoin de paix, besoin de fraternité entre les peuples, besoin de croire que la construction européenne était possible et qu’elle transcenderait le continent et puis le monde.

Cependant, au même moment, au cours des années ’80, la crise économique s’installait en Europe, je ne sais pourquoi précisément; mais il est clair que les bienfaits liés à la construction européenne ont été loués alors que son incapacité à répondre aux problèmes économiques que le grand marché ne pouvait solutionner à lui seul a été discuté et négocié de plus en plus dans le secret des alcôves politiques bruxelloises.

Ensuite tout s’accélère de 12 à 16 comme une évidence. Le rejet norvégien apparaissant clairement ou étant clairement présenté, comme d’un égoïsme national ou comme du nationalisme égoïste, du plus mauvais goût.

Puis l’écroulement de l’empire soviétique, suivi d’une des périodes que je qualifie des plus optimiste que l’humanité ait connue. La fin de la guerre froide, l’unification de l’Europe après 50 années de séparation pour divergence idéologique imposée, la fin des dictatures et des affrontements en Amérique latine, une certaine reconnaissance des pays émergeants, la fin d’un siècle et d’une époque nous permettait d’espérer en un monde nouveau. La suite nous a clairement démontré que nous nous étions bercé de douces illusions.

Bref, pendant cette douce période, j’ai participé, à mon échelle, de près ou de loin à la construction européenne. Participant et ou initiant des projets européens au niveau de la recherche scientifique ou plus tard dans le secteur social. Participant régulièrement à des messes européennes. Vous savez ces séminaires où la torture des discours creux et ronronnants n’est compensée que parce qu’on y retrouve des potes et que le luxe relatif des lieux de ces conférences est plus qu’une piètre compensation.

Tout cela me permet de dire qu’à cette époque, j’étais convaincu que l’Union européenne est une machine à fabriquer de la paix, à créer de la prospérité et qu’elle est porteuse de valeurs humanistes même si les pays et gouvernements s’arrangent le plus cyniquement du monde pour faire passer ces valeurs systématiquement à l’arrière plan.

(Fin de la première partie)

Bon, je me rends compte que cet historique de mes relations avec Madame Europe m’a quelque peu éloigné du sujet que je voulais traiter. Je vous donne donc rendez-vous très prochainement pour la suite de mes (dés)amours européennes.

Bonne journée

Paul

Publié par cgreisch le 14 avril 2007


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