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8 février 2007Heureusement, il y a encore des gens qui s'aiment
par Paul
Oui. Je me doute que vous vous attendez tous à ce que je commente l'arrêt que la cour administrative a rendu en notre faveur cette semaine. Je vous imagine cliquant régulièrement sur le link du blog de Greenpeace Luxembourg, depuis que la bonne nouvelle est sortie dans la presse pour vous délecter des bons mots que j'aurai à l'égard de notre ministre de l'Economie. Je sais que vous auriez apprécié que je vilipende les approximations et les errements du ministre et de ses conseillers. Je vous imagine boire du petit lait avec mes déclarations sur la victoire du droit, sur l'importance de la transparence concernant les informations environnementales dans une démocratie moderne. Je vous entends applaudir mes propos concernant la justesse de notre opiniâtreté dans cette affaire.
Mais non. Au risque de vous décevoir, je vais vous parler d'une petite expérience de la vie qui m'a chauffé le coeur toute la journée et qui me tiendra chaud au moins jusqu'à samedi soir.
Ainsi, pendant que la moitié des "fonctionnaires" de l'Institut luxembourgeois de Régulation (ILR)- (je pense qu'on peut dire fonctionnaire depuis que la cour administrative a arrêté que l'ILR est bien une autorité publique au sens des directives européennes. Ce que tout le monde savait sauf, apparemment, le ministre de l'Economie qui ferait mieux d'étudier un traité de notion de droit au lieu de dévorer la dernière énigme de Fred Vargas dès qu'il a une minute entre deux rendez-vous. Si, si, c'est pour ça que vous devez toujours attendre un peu avant d'être introduit dans son bureau, c'est parce qu'il lit en vitesse deux ou trois pages de Fred Vargas. )- sont entrain de faire chauffer leur ordinateur pour trouver les réponses aux questions environnementales que nous avions posées au ministre de l'Economie un an plus tôt, Nicolas et moi nous nous sommes rendus à l'Université de Metz pour y débattre des problèmes environnementaux avec les étudiants.
C'est bien le campus universitaire, moi, ça me fait toujours penser au printemps, à ces graines qu'on met en terre et qui vers le milieu de l'été vont donner des fleurs et des légumes superbes.
Donc, Nicolas et moi, nous cherchions l'amphithéâtre au nom baroque, pendant que notre cher Jeannot Krecké avait convié ses proches conseillers et le délégué du gouvernement pour faire le point ministériel sur l'affaire Greenpeace. Enfin, quand je dis faire le point ministériel, il s'agissait surtout de passer un sacré savon à sa petite troupe. Parce que, je le connaîs un peu moi, Jeannot, il n'aime pas, mais alors pas du tout, être mis en boîte et encore moins, là-dessus vous pouvez me croire, encore moins quand il s'agit de Greenpeace, car lui aurait bien aimé conserver son étiquette de ministre de l'économie écolo ... mais bon, ... je ne vous fais pas de dessin.
Arrivé dans le bon bâtiment, Nicolas et moi prenons l'ascenseur, exactement au même moment où un autre membre du gouvernement, dont je tairai le nom, téléphone à notre ministre de l'Economie :
- Bon, mon cher Jeannot, je ne voudrais pas t'ennuyer avec cette histoire de Greenpeace, mais bon, j'aimerais quand même te dire que tu t'es un peu emmêlé les pinceaux hier à la radio en commentant l'arrêt de la cour administrative.
- ... ah?
- Bon, faudrait quand même pas que tu oublies que le Luxembourg est un membre de l'Union européenne et qu'on a déjà assez d'ennui avec la non-transposition des directives européennes. Donc, quand on en transpose une, que ça te plaise ou non, il faudrait quand même l'appliquer correctement au pays, tu ne trouves pas?
- Oui mais ...
- Bon, il n'y a pas de mais. Le droit européen est une partie intégrante de notre droit. Pour toi, pour moi et pour tout le gouvernement. C'est clair?
- Euh...oui....
- Bon, autre chose, faudrait quand même pas prendre les gens pour des c..., la loi ne concerne que les informations environnementales et rien d'autre, d'accord? Donc, tu arrêtes de raconter partout que dorénavant tu n'as plus besoin de prospecter les entreprises à l'étranger car n'importe quel quidam pourra prendre connaissance du business plan. Eh bien non. Le business plan d'une entreprise, ce ne sont pas des données environnementales, tu commences à piger? Alors plus de c.... d'accord?
- Euh... oui.
Pendant que ces drames humains se déroulaient au Luxembourg, Nicolas et moi nous pouvions découvrir parmi les graffitis inscrits dans l'ascenseur: "Jeannot, je t'aime... S".
Je suis persuadé que si Jeannot Krecké avait lu ce message au même moment que moi, sa journée en aurait été changée, tout comme la mienne.
Bonne journée
Paul
Publié par cgreisch le 8 février 2007
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