« Diaporama: beauté australe | Accueil | TV Défenseurs des océans: Trop c'est trop »

22 février 2007

Pourriez-vous répéter s.v.p., Mr Inwood?

par Dave et Sara, à bord de l’Esperanza


A gauche, le Nisshin Maru et à droite,
l'Oriental Bluebird
© Greenpeace/Beltra
Ce qui est séduisant dans l'acte de témoigner - un des principes de base de Greenpeace - est que vous pouvez offrir une fenêtre sur la réalité qui est sous vos yeux. Pendant la dernière semaine, la différence entre ce que l'on entend et ce que l'on voit ici sur la Mer de Ross, et ce qu'on nous dit depuis la terre ferme ne pourrait pas être plus criante.

Hier, Sakyo a parlé au responsable de la flotte par radio, et lui a demandé s'ils allaient recommencer à chasser, car il l'avait entendu dans les médias. La réponse a été qu'il y avait encore beaucoup de travail à faire sur le bateau. Ils ont réussi à relancer le moteur principal, mais le treuil est en panne, à cause de problèmes de pression d'huile, et le pont- usine est en train d'être démonté. Ils nous ont dit vouloir passer la latitude 60º sud, et partir au Nord vers le Japon aussi tôt que possible.

Donc, d’où vient l’information qui a tant surpris les baleiniers? D’une interview faite par leur propre porte parole, le responsable des relations publiques de l’Institut de Recherche sur les Cétacés (ICR), le néo-zélandais Glenn Inwood, qui avait annoncé quelques heures plus tôt que la flotte était prête à recommencer la chasse.

«Le programme de recherche se termine normalement vers la fin mars, donc il nous reste trois ou quatre semaines, et la flotte va continuer le travail là-bas». Telle est la citation de Mr Inwood reprise aujourd’hui par une partie des médias.

Donc, nous recevons des rapports discordants de la flotte située à environ un mile de nous, et de Mr Inwood, situé à des milliers de miles d’ici.

Plus tôt aujourd’hui, d’après Stuff.co.nz, «le porte-parole des baleiniers, Glenn Inwood, a contesté les annonces de Greenpeace sur le treuil».

«Il n’est certainement pas dans l’intérêt de personne de donner la moindre information, ou information correcte, à Greenpeace. Ils ne sont pas signataires de quoi que ce soit là-bas. Peut-être que le skipper voulait juste rigoler un peu», a-t-il dit à Radio Nouvelle Zélande. Il a dit également que le bateau ne bougeait pas encore, mais que les moteurs fonctionnaient. Il a ajouté que «nous pourrions même recommencer la chasse dès aujourd’hui».

Et bien, Glenn, deux choses: premièrement, nous ne sommes signataires de rien ici, mais le Japon l’est bien – il est signataire du Traité sur l’Antarctique, destiné à protéger les écosystèmes d’ici; deuxièmement, il n’y a pas de quoi rigoler. Non seulement une personne est morte, mais il y a un navire usine à la dérive, une menace pour l’environnement, et des dizaines de membres d’équipage au travail, sans aucun doute en train de se les geler sur la Mer de Ross. Il semble assez bizarre que Mr Inwood suggère que le responsable de l’expédition, qui en ce moment essaie de trouver un moyen de faire sortir de l’Antarctique un navire de 8000 tonnes en panne, ait le temps et l’envie d’inventer des histoires, simplement pour induire Greenpeace en erreur. Et si c’est le cas – ce dont nous doutons – Mr Inwood insinue que les autorités néo-zélandaises sont aussi induites en erreur.

Steve Corbett, des autorités maritimes de la Nouvelle-Zélande, a été beaucoup cité aujourd’hui:

«Le moteur n’a pas encore été redémarré, et ne fonctionne pas, mais ils ont réussi à le faire tourner un peu», a-t-il dit, citant des informations venant du capitaine du bateau de chasse Yushin Maru.

Alors, que se passe-t-il ici? Pourquoi avons-nous une histoire venant du porte-parole du ICR, et une version complètement différente venant de la flotte baleinière, communiquée aux autorités maritimes néo-zélandaises et à nous-même?

Nous savons ce que nous voyons et entendons, et nous savons ce que Mr Inwood a dit et écrit dans ses communications à la presse – nous vous laissons choisir qui témoigne de la vérité.

Ce que nous pouvons vous dire avec certitude: nous avons observé le Nisshin Maru depuis le pont de l’Esperanza depuis des jours maintenant, et à part un petit nuage de fumée isolé sorti des cheminées, nous n’avons vu aucune preuve que ses moteurs fonctionnent.

Voyons ce que Mr Inwood a dit:

«L’incendie à bord du Nisshin Maru a été éteint» (communiqué de presse ICR du 16 février).

Cependant, ce n’est que dimanche dernier que l’équipage nous a dit qu’ils avaient enfin réussi à tout vérifier et qu’il n’y avait plus d’incendie. Lundi, ils nous ont dit «nous avons maintenant fini d’éteindre le feu, et nous avons rangé l’équipement de combat de feu». Ceci est confirmé par des annonces du Service de Sauvetage Maritime en Nouvelle-Zélande – d’après eux, les derniers foyers ont été éteints dimanche.

Mr Inwood a aussi dit que le remorqueur Pacific Chieftain allait venir de Nouvelle-Zélande pour remorquer le Nisshin Maru (Radio NZ, 16 février).
Mais en vérité le Pacific Chieftain est actuellement sous contrat, et n’a jamais été pris en considération par le gouvernement néo-zélandais, qui aurait du ordonner au remorqueur de partir pour l’opération de sauvetage. Les autorités néo-zélandaises ont dit depuis le départ que l’Esperanza était le meilleur navire dans la zone pour cette opération.

Mr Inwood a annoncé que la flotte baleinière n’accepterait pas d’aide de Greenpeace. Pourtant, quand l’Esperanza est arrivé sur les lieux, le responsable d’expédition japonais nous a demandé de nous arrêter et de rester dans les parages. Depuis, l’hélicoptère de l’Esperanza a fourni des informations quotidiennes sur l’état de la glace dans la zone, que nous avons relayées à la flotte baleinière, et qu’ils ont reçues avec gratitude.

L’ICR prétend aussi que l’aide de Greenpeace ne serait pas acceptée parce que nous sommes des «terroristes» et parce que nous aurions abordé le Nisshin Maru en 1998.

En 1998, les militants Greenpeace n’ont pas abordé le Nisshin Maru. Un militant a grimpé sur une ligne d’amarrage quand le navire était au port, prêt à repartir sur le terrain de chasse après des travaux de réparation. Deux autres militants sont montés sur un des bateaux de chasse, s’attachant au harpon et à une chaîne d’ancre. En concordance avec nos 35 ans d’histoire d’action non-violente, personne ne fut blessé – c’était une action pacifique.

Nous avons constamment annoncé que nous ne mènerions aucune action pendant les actuels efforts de réparation.

«Il n’y a pas de risque pour l’environnement, et le bateau ne perd pas de fioul. Personne ne veut endommager l’environnement de l’Antarctique», a dit Mr Inwood hier.

A la différence de l’Esperanza, aucun des bateaux de la flotte baleinière n’est adapté à la glace – ils ne sont pas construits pour faire face à des conditions de glace difficile. L’Esperanza n’est pas un briseur de glace comme sa sœur l’Arctic Sunrise, mais elle est «ICE-1A», avec une coque renforcée, faite pour ces conditions. Nous pouvons nous en sortir avec la glace ici, mais le Nisshin Maru le peut-il aussi?

Le navire-usine en panne contiendrait 1000 tonnes de pétrole, et il est actuellement attaché à deux autres bateaux pour l’empêcher de dériver. Ne pas reconnaître une menace potentielle pour l’environnement intact de l’Antarctique qui pourrait être aggravée par des conditions météo adverses, laisse penser que Mr Inwood ne comprend pas vraiment la géographie, la météorologie et la physique.

De plus, à la différence des bateaux Greenpeace, aucun des navires de la flotte n’a été soumis à une évaluation des impacts environnementaux (EIA). Puisque la flotte baleinière prétend ne répondre qu’à la Commission Baleinière Internationale (IWC), elle ne suit pas les procédures du traité sur l’Antarctique, comme le Protocole de Madrid, qui soumet toutes les activités ayant lieu dans la zone du Traité sur l’Antarctique à un examen minutieux sur leur impact environnemental – par des accidents comme les incendies ou les marées noires – exactement du genre que le Nisshin Maru a subi la semaine dernière. Le Japon est une partie au Traité sur l’Antarctique et au Protocole de Madrid, et il paraît donc étrange que le gouvernement japonais ne demande pas à sa flotte baleinière de se soumettre à des EIA.

En fait, nous espérons que la flotte n’aura jamais à se soumettre à des EIA, puisque nous espérons que c’est la dernière saison de chasse dans l’océan Austral. Bien sûr, Mr Inwood voudrait que vous pensiez autrement.

- Dave & Sara

Publié par cgreisch le 22 février 2007


Trackbacks

TrackBack URL pour cet article:
http://weblog.greenpeace.org/cgi-bin/mv/mt-tb.cgi/2426


Commentaires:

Ajoutez un commentaire:





Se souvenir de mes informations

(vous pouvez utiliser des tags HTML)