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23 février 2007La Terre glacée vue d'en haut
par Sara, à bord de l’Esperanza
Chaque jour depuis que nous sommes entrés en contact avec le Nisshin Maru, notre hélicoptère Tweety s'envole du pont de l'Esperanza et va bourdonner un peu plus loin pour étudier les conditions de la glace pour nous et pour la flotte baleinière japonaise en panne. En quelques secondes, il n'est plus qu'un joyeux petit point rouge dans le ciel de l'Antarctique.
Avec mes bottes et ma combinaison de survie, Hughie n'a pas eu tâche facile pour me faire entrer dans le petit hélico. Ce n'était probablemant pas très joli à voir, mais que voulez-vous, ces combinaisons ne sont pas faites pour des mouvements gracieux - et, je l'avoue, moi non plus d'ailleursDonc, avec l’équipe de Tweety en pleine rigolade, nous avons décollé, en volant assez bas le long de l’eau, passé le Nisshin Maru supporté par le tanker Oriental Bluebird à bâbord et le beaucoup plus petit harponnier Yushin Maru N°2 à tribord.
En quelques minutes, nous étions au beau milieu de la glace. Au départ, ce n’était pas si impressionnant. J’avais écouté les rapports sur la glace chaque jour quand ils arrivaient, et je m’imaginais quelque chose d’assez différent. Donc, à la place, imaginez un camion avec des emballages en polystyrène qui sortent un peu à l’arrière, et toutes ces petites boules blanches qui partent dans les caniveaux, qui donnent l’impression de neige au bord de la route. Ce n’était pas exactement l’image que j’avais à l’esprit.
Mais, bien entendu, j’étais tout en haut, à 2000 pieds d’altitude. Les petites boules étaient des morceaux de glace qui s’entrelaçaient et s’étalaient sur des kilomètres par endroits, tout au long de l’eau.
Un peu plus loin, tantôt au dessus de l’eau libre, tantôt au dessus de grandes surfaces gelées, les indices d’un début d’hiver antarctique se déroulaient sous mes yeux. De l’eau, quelques secondes plus tard un énorme iceberg, et un peu plus loin, de la glace en gros blocs, avec des morceaux d’une douzaine de mètres tout en travers, en train de pousser un peu pour se trouver une place. Des phoques mangeurs de crabe, réveillés de leur sieste glacée, grognaient à l’encontre de notre bruyant hélicoptère rouge, se laissant tomber à l’eau alors que nous passions au dessus.
A part la vue magnifique, nous avions aussi un travail important à réaliser. Depuis notre arrivée sur les lieux pour assister le Nisshin Maru, nous nous réunissons sur le pont de l’Esperanza chaque fois les observateurs de la glace reviennent. Chaque jour leur rapport est différent – de la glace quatre miles au sud, 20 miles à l’est, un long doigt de glace en arc au nord… et bien sûr, de jour en jour, comme la glace, nous dérivons, parfois un peu plus près, parfois un peu plus loin d’elle.
L’hiver arrive en Antarctique. Certains jours, il est difficile de se le rappeler, quand nous sommes dehors sur le pont avec notre tasse de thé matinale, le soleil brillant et les eaux bleues calmes comme une mare. L’air est froid, bien entendu, parfois à -5°C. Mais avec le soleil dans le dos, en regardant des orques qui passent, les conditions de vie cruelles d’ici s’oublient facilement. C’est l’endroit le plus froid, le plus de venté, et le plus sec de la Terre, et des tempêtes vicieuses peuvent se déchaîner d’un instant à l’autre. Le premier jour, quand nous sommes arrivés pour proposer notre aide à la flotte, le soleil brillait le matin, avec une très bonne visibilité. En quelques heures, la visibilité s’était détériorée, et il a commencé à neiger. Une heure plus tard, tout avait de nouveau changé. Le temps est imprédictible et le changement de saison ne fait qu’aggraver les choses.
J’ai eu un rappel brutal des gelées à venir lorsque Hughie m’a fait comprendre que l’endroit rempli de glace craquante que nous survolions, était l’endroit où nous trouvions hier, avec la flotte baleinière.
Frank vient d’entrer dans le bureau tandis que j’écris, et je lui ai demandé quand commence l’hiver en Antarctique. «En mars» a-t-il répondu. J’ai vérifié la date sur mon montre. Le mois de mars commence dans une semaine.
Il commence ensuite à m’expliquer, non sans plaisir, qu’en juin et juillet, l’eau gèle à un rythme de trois ou quatre miles par jour. Et d’ajouter comment Shackleton était «déçu de trouver de la glace à 57° sud» au printemps. «57 degrés!» me suis-je exclamée (nous sommes actuellement à 73° sud). «Oui, oui, mais c’était en novembre.» Ah bon, d’accord, ça va…
Je viens de sortir sur le pont givré pour regarder la température – un énorme 1°C. L’hiver n’est pas encore tout à fait arrivé.
- Sara
Publié par cgreisch le 23 février 2007
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