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19 novembre 2006Vu de l’intérieur: La partie de poker se met en place
par Stéphan, à bord du Rainbow Warrior
Journée de Samedi - Tout le monde ayant digéré le thon englouti (dans les deux sens du terme) la veille, l’heure est venue pour les délégations de réagir à la déclaration scientifique sur le thon rouge de Méditerranée. L’Union Européenne, la Corée, le Japon, la Chine, le Maroc, la Turquie, la Croatie, la Libye, les Etats-Unis; l’Islande et la Norvège ont demandé à intervenir. Un record: aucune motion n’avait jusqu’alors déclanché un tel engouement.
À tout seigneur tout honneur, comme cela a été souvent le cas, c’est à l’Union Européenne que le Président de séance confie le soin et l’honneur d’ouvrir les débats. Le délégué de l’UE déroule un discours plutôt bien perçu (par nous) en tant que discours; reste à voir si la détermination affichée dans la phase préparatoire dans laquelle nous sommes encore se traduira par une fermeté identique quand il s’agira de délibérer… Extraits: «Ce rapport est excellent; déprimant, mais excellent. (...) Nous devons nous préparer à affronter la réalité et à prendre des décisions difficiles. (...) Si nous ne parvenons pas à gérer cette ressource, quelqu’un d’autre s’en chargera»(???).
La Turquie se déclare prête à suivre les préconisations qui sortiront des débats, aussi douloureuses soient-elles. Pour sa part le délégué croate tente de calmer le jeu: «Nous sommes sous pression mais ne cédons pas à la panique». La tension est à son comble :-> Toutes les délégations partagent le constat; un délégué ira même jusqu’à parler de la nécessité d’une «chirurgie d’urgence».
L’événement du jour
Dans sa déclaration, le chef de la délégation japonaise a insisté sur la gravité de la situation, sur la nécessité de mettre en œuvre immédiatement des mesures énergiques et déclare benoîtement que si la session n’aboutit pas à un consensus sur cet objectif, IL N’HÉSITERA PAS À DEMANDER UN MORATOIRE SUR LA PÊCHERIE L’AN PROCHAIN. Pour spectaculaire qu’elle soit, cette proposition se comprend mieux quand on sait que le Japon dispose de près de deux années de stock stratégique sous la forme de thon congelé avec environ 40 000 tonnes dans les frigos pour une consommation annuelle estimée à 18 000 tonnes en moyenne. Dans ces conditions, la proposition japonaise constitue plus la réaffirmation de son contrôle total du marché mondial qu’un grand élan environnemental...
Le coup de bluff du jour
Immédiatement après l’intervention japonaise, le délégué libyen a déclaré que le thon rouge n’avait rien de vital, que l’on pouvait arrêter de le pêcher pendant un an, deux ans, dix ans, que cela ne changerait ni la face du monde ni celle de l’économie libyenne. Une telle volonté de banaliser de la part d’un pays qui joue un rôle-clé dans la pêcherie méditerranéenne, de la part d’une des plus grosses délégations (18 personnes) alors que jusqu’à cette année elle n’y envoyait que 3 délégués, cela laisse sceptique, faute de laisser rêveur... Parallèlement à cette partie de cache-cache ou peut-être dans le cadre de cette partie de cache-cache (on ne sait plus très bien...), une dizaine de délégués libyens ont effectué une visite éclair et inattendue à bord du Rainbow Warrior, afin de nous signifier en toute innocence qu'ils souhaitaient "montrer leur soutien à Greenpeace"...
-- Stéphan Beaucher, membre de la délégation de Greenpeace à l'ICCAT
Publié par cgreisch le 19 novembre 2006
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