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18 novembre 2006

Vu de l’intérieur: Le coup de tonnerre

par Stéphan, à bord du Rainbow Warrior

Samedi 18/11; 09 heures
Hier après midi, nous avons eu un des temps forts de la session : la présentation par Jerry SCOTT, Président du comité scientifique de l’ICCAT et par ailleurs l’un des ingénieurs halieutes les plus respectés de la planète, de résultats des évaluations des stocks, espèce par espèce, zone par zone. Le scénario est le suivant : Le Président présente les résultats, puis la parole est donnée aux délégations nationales (et non aux pêcheurs puisque tout cela se passe en plénière).

Le déroulé nous a ménagé un suspense soigneusement calculé:
Nous avons commencé par le thon obèse et l’albacore qui ont suscité quelques revendication des pays sans quotas, notamment le Sénégal et Bélize. Puis nous en sommes venus au thon rouge de l’ouest (côtes américaines). Sur ce thème, on a assisté à une montée au créneau commune des délégations américaine (USA) et canadienne sur le thème: «Notre stock est au plus bas (1 600 tonnes de quota annuel) et s’il est au plus bas, c’est parce que «nos» thons vont se reproduire en Méditerranée et se font ratisser par les vilains thoniers-senneurs du Vieux Continent. Dans cette mesure, il est inutile de prendre quelque mesure que ce soit sur nos côtes tant que l’on aura pas fait le ménage en Méditerranée». Sentant venir le danger, le délégué Croate a immédiatement demandé la parole pour émettre des doutes qu’il a qualifiés de « sérieux » sur la réalité du mélange des stocks. [NDR : Les travaux d’une chercheuse californienne, Barbara BLOCH ont pourtant mis un terme définitif (si tant est que l’on puisse employer ce qualificatif à propos de travaux scientifiques) à cette polémique].

Toutefois, il était clair que ces deux premiers points ne constituaient qu’un échauffement, un round d’observation et que les escarmouches n’étaient destinées qu’à montrer ses forces et instaurer un rapport de force dans la perspective du plat de résistance que tout le monde attendait: Le Thon rouge de Méditerranée.

Et là, nous n’avons pas été déçus. Jerry SCOTT est un homme qui a cette capacité d’annoncer des catastrophes sur le même ton qu’il demanderait la salière à son voisin. Il a présenté les évaluations rétrospectives (depuis 1960) et prospectives (Horizon 2010) et ses conclusions sont sans pitié:

· Trois chiffres: le total des quotas est de 32 000 tonnes; le total de capture estimé est de 50 000 tonnes; le maximum de capture acceptable pour éviter l’extinction est de 15 000 tonnes.
· Le stock de reproducteurs ne représente plus que 48% de ce qu’il était en 1970.
· Le stock total équivaut à 6% du stock vierge (stock tel qu’il était avant l’émergence de la pêche industrielle).
· Nous pêchons 3,1 fois le volume de thon rouge que nous devrions le faire pour maintenir le stock de reproducteur dans un état qui permette un renouvellement harmonieux de l’espèce.
· Sur les bases actuelles, on va selon toute vraisemblance, vers un effondrement rapide et irréversible du stock.

Mais il était l’heure de lever le camp. La Chambre de Commerce de Dubrovnik avait organisé un buffet somptueux à l’intention des congressistes et il n’est pas bon de passer à table après s’être crêpé le chignon et mieux valait semble-t-il en rester sur un constat indigeste et ne pas ajouter d’amertume en remettant les discussions au lendemain.

Nous avons donc eu droit à un «Buffet Touton» (tout thon): sushis, sashimis, filets fumés, steaks grillés… une vraie encyclopédie culinaire de thunnus thynnus, le tout sortant directement des fermes d’engraissement croates!

-- Stéphan Beaucher, membre de la délégation de Greenpeace à l'ICCAT

Publié par cgreisch le 18 novembre 2006


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