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22 novembre 2006ICCAT - Vu de l’intérieur: Tout sauf le fiasco
par Stéphan, à bord du Rainbow Warrior
Mercredi 22 - Nous y sommes. Il faut tout faire maintenant pour éviter que le Sommet se termine sur un échec. Les maints remaniements d’agenda pour évacuer en priorité les questions annexes et réserver ainsi le plus de temps possible au thon rouge n’y auront pas suffi. Les estocades au fleuret moucheté ont laissé la place à la grosse artillerie, les incidents se sont multiplié et le spectre de l’échec à commencé à se dessiner. Il a donc été décidé de faire relâche cet après-midi: pas de plénière. Les délégations sont appelées à se rencontrer discrètement et à réduire leurs différends en privé et exhortées à revenir à la table avec un début de consensus. Autre illustration: jusqu’à hier, le planning était d’une précision digne de l’emploi du temps d’un lycéen, chaque tranche horaire étant attribuée à un thème. Dans la dernière version distribuée hier soir, la journée de vendredi est entièrement émaillée de la mention TBD (à confirmer).
Nous avons 3 fronts distincts:
· Les «radicaux» qui défendent des positions très proches des nôtres;
· Les «consensuels», tenants du consensus à tout prix, aussi mou soit-il;
· Les «immobilistes»; ceux qui feront tout pour que rien ne change et/ou ne feront rien pour que quoi que ce soit change.
Si les deux premiers fronts sont relativement clairs avec notamment, la Norvège, le Japon les Etats-Unis et le Canada dans le camp des «durs» et l’Union Européenne qui mène le «ventre mou» des délégations, l’exercice d’identification est bien plus délicat pour les troisièmes. Certaines positions de la délégation libyenne peuvent laisser entendre qu’elle entendait prendre la tête de cette mouvance mais la délégation libyenne a tellement dit tout et le contraire de tout… D’autre part, moins de la moitié des délégations ont demandé la parole depuis vendredi dernier. Or, toutes ces délégations muettes ont un droit de véto équivalent à celui dont disposent toutes les autres dans le cadre de l’élaboration d’une motion finale consensuelle.
Une parenthèse «méthodologique»: Les statuts de l’ICCAT prévoient que toutes les décisions se prennent par consensus et qu’en cas de consensus impossible, on passe au vote à la majorité des deux tiers. Toutefois, plusieurs «vieux de la vieille» nous ont confirmé que la procédure de vote était tombée en désuétude il y a très longtemps et que dans les faits toutes les décisions résultaient d’un processus de négociation/concessions aboutissant à un consensus. Dans cette mesure, l’Organisation redoute que dimanche (dernier jour de la session) une coalition d’immobilistes se constitue et provoque ce qui sonnerait, comme l’ont souligné plusieurs délégués et non des moindres, le glas pour l’ICCAT.
Où en sommes nous en termes de proposition
Actuellement une seule proposition a été déposée à notre connaissance (le délai de dépôt était forclos hier soir à 20 heures) et elle l’a été par l’Union Européenne. Elle va, de ce fait devenir la base de discussion. D’après ce que l’on en sait elle est loin d’aller dans notre sens :
· Le TAC (volume total de captures autorisés) ne serait pas ou peu modifié ; on en resterait aux environs des 32 000 tonnes actuelles.
· La MLS (taille minimale de capture) passerait de 10 à 25 kg; pour spectaculaire qu’elle puisse paraître, cette mesure ne change rien à l’affaire car aucun thon de 25 kg en Méditerranée n’est sexuellement mature.
· La saison fermerait au premier juillet; là encore comme le disait mon voisin d’une ONG américaine, «this is smoke in the mirror», c’est un rideau de fumée. Au premier juillet 70 à 80% de la ponte a déjà eu lieu en Méditerranée, ce qui signifie que l’on continuerait à autoriser le ratissage de 70 à 80% des thons qui se rassemblent en bancs pour frayer.
· Toute un batterie de mesures destinées à la lutte contre la pêche illégale et à l’amélioration des données serait proposée. Il s’agit d’une idée intéressante en soit mais elle a l’inconvénient de faire porter à la pêche illégale la responsabilité du chaos méditerranéen alors qu’elle n’en constitue qu’un des éléments et ainsi d’entériner les discours des pêcheurs professionnels. En fait la situation est bien plus nuancée et complexe que cela: les principales causes qui ont mené le stock méditerranéen au bord de l’effondrement sont ailleurs:
o Des quotas et des MLS totalement décorélés de la réalité biologique;
o Une flottille numériquement trop importante et surtout mobilisant des volumes de capitaux trop importants (tant en termes d’investissement initial que de coûts de fonctionnement), ce qui constitue une incitation permanente à la surpêche.
· On parle également d’un plan de réduction de flotte, mais les contours sont encore trop flous pour pouvoir en dire quoi que ce soit.
Quel dommage que tout cela se discute «en privé», dans des salons où les ONG et les autres membres observateurs ne sont pas admis!
Hier soir L’équipe du Rainbow Warrior organisait une projection en extérieur dans la vieille ville (sur les murs de la «clock tower» pour celles et ceux qui connaissent). Malheureusement la météo est venue ternir la tenue de l’événement avec notamment de fortes averses et l’équipe campagne du bord n’a pas été récompensée à la hauteur de ses efforts. Néanmoins, plusieurs délégations se sont rendues sur place (tous les délégués avaient reçu leur invitation hier matin). En ce qui concerne, les habitants de Dubrovnik, même si la pluie n’incitait guère à la flânerie, plusieurs centaines de personnes ont vu le message sur lequel se conclue le film: ICCAT, THE WORLD IS WATCHING YOU.
En tous cas, Sebastian, mon collègue de GP Espagne, et moi même sommes plus que jamais fidèles au poste, WATCHING THEM!
-- Stéphan Beaucher, membre de la délégation de Greenpeace à l'ICCAT
Publié par cgreisch le 22 novembre 2006
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Commentaires:
Hola Stephan!
merci pour ces updates qui nous permettent de mieux comprendre les arcanes des couloirs qui decideront du sort des populations de thons rouges.
M'ENFIN, pourquoi est-ce que les pays "durs" (Norvege, Japon, Etats-Unis, ...) n'ont pas posé de proposition ecrite avant l'heure fatidique? Et seule l'UE, entité consensuelle (ventre "mou", si je te comprends bien), aurait posé une proposition écrite ?
Est-ce que certains scientifiques (IFREMER ??) se sont insurgés contre la proposition molle de l'UE ?
Ecrit par Francois le 22 novembre 2006
Bonsoir Stéphan,
j'espère que tout ce passe comme tu le souhaites, à Dubrovnik!
J'ai trois questions à te poser :
1-Sachant d'un thonier doit en moyenne pecher X tonnes de Thon rouge pour vivre, qu'il y a Y bateaux en méditerranée, et le quota de pêche ne devrait être que de Z tonnes,
de combien de bateux faut-il reduire la flotte?
2-A combien est estimée la ressouce actuelle, et en combien de temps pourrait-on reconstituer un "stock" acceptable ?
3-Cet été, j'ai vu en super-marché des prix très bas ( moins de 10 € le kg), est-ce lié à une surpêche non controlée ou à un déstockage des fermes d'engraissage?
bon calcul mental pour la 1ère question et à très bientôt.
François
GL Bordeaux
Ecrit par François Golpe le 22 novembre 2006
Bien vu François,
les USA l'ont joué très fine. Ils ont déposé une motion à la dernière minute qui reprend toute la partie "lutte contre la pêche illégale" de celle de l'UE et y ajoute le plan de gestion qui y faisait criuellement défaut.
Je décortique et je poste ASAP.
Amicalement à ttes et ts
PS : Les scientifiques ne peuvent (pas plus que nous le pouvons) prendre la parole en plénière. En revanche ils sont présent dans les "informal meetings" et disent ce qu'ils ont à dire.
Ecrit par Stéphan le 23 novembre 2006
Pour François (GL Bordeaux),
Je n'ai pas la réponse à la question que tu poses ou plutôt j'en ai une qui se situe en amont du tirage au sort qui désignera les bénéficiaires d'un plan de sortie de flotte.
Nous avons à faire à un problème chronique de surcapitalisation de la flotte, c'est à dire que l'équilibre financier des unités (prix du bateau amortissement coût d'exploitation) repose sur des volumes de capture qui sot supérieurs au TAC (Total de captures autorisé), ce dernier étant lui même supérieur à la PME (Prise Maximale Équilibrée) qui permettrait de maintenir le stock en bon état en particulier en matière de SSB (Biomasse constituée de spécimens sexuellement matures). On est donc dans une spirale quelque peu effrayante...
Le stock actuel. La SSB actuelle est estimée à moins de la moiutié de ce qu'elle était dans les années 75 (évaluation réalisée par le Comité scientifique de l'ICCAT). Si l'on ajote à celà le fort pourcentage de juveniles dans les captures on a tous les facteurs convergents vers un "collapsus". Difficile de répondre à la deuxième partie de ta question car hormis la solution du moratoire total, la restauration du stock fait intervenir plusieurs facteurs :
Le TAC : Moins on autorise de captures, plus on laisse de poisson.
Les mesures de contrôle nécessaires pour faire respecter ce TAC: Plus on est laxiste, plus on encourage la pêche illégale.
La periode de fermeture pendant la ponte : si l'on ferme en juillet seulement, on boucle la pêche dans les Baléares mais on pêche pendant la ponte en Méditerrannée orientale. Si on ferme en juin juillet aout (ce que nous demandons) on permet aux poissons de frayer en paix.
La MLS (taille minimale de capture) : Pour le thon rouge de Med les données sont les suivantes : à 30 kg 50% des poissons se sont reproduit UNE fois. Plus on fixe une MLS élevée par rapport à ces 30 kg, plus on a de poissons qui se sont reproduit une fois au moins voire plusieurs fois en fonction du seuil fixé.
Un plan de restauration est une combinaison de ces 3 facteurs biologique. Dans son évaluation le comité scientifique a modélisé 42 combinaisons de paramètres auxquelles correspondent des pentes de redressement plus ou moins accentuées.
Les prix sur le marché du frais.
En aucun cas il ne peut s'agir de déstockage de fermes. Ces produits ne repartent pas sur le marché du frais.
À ces prix de marché et à cette époque de l'année, il s'agit en général de thons de petite taille provenant de chaluts pélagique qui opèrent dans le golfe de gascogne à partir du pays basque et des pays de loire. Ce thon est payé aux alentours de2 euros le kg aux pêcheurs non seulement parce qu'il est petit mais égalemnt parce que c'est du poisson de chalut (souvent en mauvais état à cause de la compression subie lors du traict). À titre de comparaison, à la même époque, les 2 senneurs d'yeu pêchent du thon de 40 kg et + et le vendent 6 euros le kg. Ils ne prennnent que 20 tonnes par semaies car pêchant sur un petit quota ils ont tout intérêt à le valoriser au mieux et à limiter leurs prélèvement à ce que peuvent absorber leurs deux criées (Yeu et Les Sables).
J'espère avoir (partiellement au moins répondu à tes interrogations)
Dobridjenia
Ecrit par Stéphan le 23 novembre 2006
Toutes mes excuses pour les fautes de frappe. Je n'ai pas le temps de me relire avant envoi.
Stéphan
Ecrit par Stéphan le 23 novembre 2006
bonjour je pence que l'arret total de la peche en mediterannée juillet aout, l'interdiction totale de pecher en mer des baleares pendant un certaint laps de temps et renforcer les contoles des bateaux frauduleux serait dejas une bonne chose non?
Ecrit par laurent le 23 novembre 2006
Laurent,
Malheureusement non. Ce n'est pas parcequ'on arrête la pêche 6 mois d'aafilée (de juillet à décembre qu'on résout le problème.
1) Il faut savoir que la saison se termine en moyenne fin octobre (si lle quota n'est pas attein avant. Donc la fermeture de 6 mois ne dure en fait que 4 mois.
2) Le thon se reproduit en fi de printemps/début dété. La ponte commence vers les 15 mai sur les côtes égyptiennes et lybiennes et se décale au fur ey mesure qu'on se déplace vers l'ouest. C'est vrai qu'en fermant juillet on ferme les Baléares, mais :
On ferme après l'essentiel des captures et de la ponte (près de la moitié des captures des senneurs intervient dans les 30 jours de juin)
On reporte sur les flancs sud et est de la Med. un effort de pêche considérable tout en y encourageant implicitement la pêche IUU (en gros le poisson au noir) dans la mesure où ces eaux sont très peu et très mal contrôlées.
Pour donner une idée des conséquences de ce report massif sur des zones mal suivies, un expert croisé dans le couloir estimait que si cette solution était retenue le stock ne tiendrait pas plus de 3 ans...
Ce n'est pas pour rien que l'UE s'accroche à cette position comme une bernique à son caillou breton (nostalgie quand tu nous tiens...). Celà ménage des zones de pêches pour les armements français et espagnols qui opéèrent normalement sur les baléares.
Malheureusement pour elle, elle se met dans une situation que l'on rencontre malheureusement de plus en plus souvent : le double standard. Celà consiste à "faire propre à la maison et à tout salir chez les autres"...
Ecrit par Stéphan le 25 novembre 2006