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22 novembre 2006ICCAT – Vu de l’intérieur: La bascule
par Stéphan, à bord du Rainbow Warrior
Mercredi 22 (soir) - Au menu de la sous-commission «application» ce matin, figuraient les reports de sur-consommation et de sous-consommation de quotas. La question est loin d’être neutre: que faire du trop pêché et du manque à pêcher? Derrière cette question se cache aussi une question géopolitique Nord/Sud.
· Qui surpêche? Principalement, ce sont les pays dotés de flottilles puissantes, à quelques exceptions près les pays du nord.
· En parallèle ou plutôt à l’opposé, qui sous-pêche, c’est-à-dire ne consomme pas son quota? Globalement ce sont les pays du sud, plutôt pauvres qui disposent de bateaux peu marins, peu puissants, non susceptible d’affronter les aléas météo. Par exemple, Bélize en 2004 n’a pu réaliser que 30% de son quota en raison de la conjoncture météorologique qui régnait cette année-là.
Si tout le monde s’accorde sur le fait que le manque à pêcher doit être reporté en positif sur les années suivantes, tout le monde s’accorde également sur le fait qu’il faudrait amnistier les dépassements. Nous sommes bien là confrontés à un paradoxe dont le monde de la pêche a le secret…
Beaucoup de cartes restent soigneusement cachées sous la table. À tel point qu’en fin de matinée, le président de séance y est allé de son coup de gueule: «Nous en avons terminé avec la période d’échauffement maintenant; Allez, videz vos poches !!!».
Certes, nous avons été servis! Nous avons eu droit à une attaque en piqué de la délégation américaine sur l’Union Européenne et à une réplique somme toute assez molle de cette dernière qui, en s’arqueboutant sur la pêche illégale sans vouloir prendre en compte les TACs, limite terriblement son champs de réponse.
La Libye semble maintenant n’avoir pour autre objectif que de voir réparer ce qu’elle qualifie d’injustice (elle était absente pour cause d’embargo lors de l’attribution de son quota) et augmenter sa part du gateau qu’elle ignore par ailleurs allègrement (1 500 tonnes de dépassement cumulé sur les trois dernières années). Cette revendication lui a valu une réponse cinglante du Japon qui a rappelé en des termes sentis que l’heure n‘était plus au partage d’une abondance mais à la répartition d’une pénurie, à la gestion de crise d’un stock au bord de l’effondrement. La Libye a alors «balancé» au Japon une liste de bateaux japonais dont elle prétend qu’ils pêchent illégalement dans les eaux libyennes, ajoutant qu’elle allait envoyer un rapport exhaustif sur la question au secrétariat permanent de l’ICCAT.
Même si les «Monsieur le Président» et autres «honorable délégué» étaient encore présents, l’artillerie lourde était de sortie… Très sagement, le président de séance, a proposé que les délégations mettent à profit cet après-midi pour «régler leurs comptes» en privé et leur a demandé de revenir sereines demain matin.
De l’avis général, nous sommes entrés dans la phase finale et il n’est pas exclu que d’autres incidents et interruptions interviennent. Les délégations savent bien que dimanche approche et que personne n’a intérêt à «casser la machine». Toutefois, à ce jeu et comme souvent, le premier qui met son jeu sur la table est rarement le gagnant. On verra bien si la nuit aura porté conseil…
-- Stéphan Beaucher, membre de la délégation de Greenpeace à l'ICCAT
Publié par cgreisch le 22 novembre 2006
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